
Pourquoi pendant que les Occidentaux célèbrent leurs ancêtres, en Afrique l’on les diabolise ?
Le 17 août 2026, à Catane, en Sicile, une scène religieuse a attiré l’attention. Des fidèles ont assisté à la présentation du crâne de sainte Agathe, conservé comme relique depuis des siècles. La cérémonie marquait le 900e anniversaire du retour de ses reliques dans la ville. Une communauté continue ainsi à préserver et à transmettre la mémoire d’une figure morte il y a près de deux millénaires.
L’Afrique possède elle aussi une longue histoire d’ancêtres qui ont marqué la vie religieuse et sociale du continent. Mais avec l’arrivée du christianisme, une religion venue de l’extérieur et qui s’est progressivement imposée dans de nombreuses sociétés africaines, beaucoup ont fini par s’éloigner de leurs traditions et de la mémoire de leurs ancêtres.
Certaines pratiques ancestrales ont même été présentées comme du fétichisme, de la sorcellerie ou des pratiques diaboliques.
L’image prise en Sicile montre pourtant une autre manière de regarder son passé. Là-bas, les fidèles ne semblent pas avoir oublié cette figure ancienne. Ils conservent ses restes, les exposent, les honorent et organisent de grandes cérémonies autour de sa mémoire. Le passé n’est pas caché : il est transformé en patrimoine et célébré de la plus belle des manières.
Cette situation amène alors une question à l’Afrique : pourquoi avons-nous parfois autant de facilité à célébrer les figures religieuses venues d’ailleurs tout en considérant certaines pratiques liées à nos propres ancêtres comme diaboliques ? Il ne s’agit pas de dire que toutes les traditions africaines doivent être reprises telles quelles, ni de confondre vénération religieuse et culte des ancêtres. Il s’agit simplement de se demander si nous n’avons pas, au fil du temps, perdu une partie de notre mémoire.
La scène de Catane devrait donc être regardée comme un miroir. Elle montre qu’un peuple peut conserver les traces de ceux qui l’ont précédé et leur donner une place dans le présent. L’Afrique aussi a des ancêtres, des figures historiques et des mémoires à transmettre. Les célébrer ne signifie pas forcément abandonner sa religion actuelle. Cela peut simplement signifier ne pas oublier d’où l’on vient.



